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Être vivant, c'est de l'ouvrage Je suis tombée sur un livre qu'un jeune ami m'a prêté et qui a confirmé tous mes choix de vie, cet été. Les bouquins de self-help me font généralement autant d'effet qu'une poche de thé vert dans de l'eau tiède. «Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage», disait Henri Michaux, un de mes poètes surréalistes préférés.
Comme un poème, j'ai laissé infuser; j'ai lu l'ouvrage trois fois depuis la fin d'août et te le prêterai puisqu'on ne le trouve plus qu'à la bibliothèque. La Liberté intérieure, un auto-enseignement, de la psychologue québécoise Suzanne Harvey (Éditions du Roseau, 1992). J'essaie de convaincre l'éditeur de le republier. Même après 15 ans, cet ouvrage s'inscrit tout à fait dans la quête actuelle d'authenticité et de vérité dont traitait mon collègue Fabien Deglise dans ce journal il y a deux semaines. Tout est là.
J'aurais pu m'économiser dix ans de thérapie avec ce livre-là sur ma table de chevet. Tout ce que j'ai tenté maladroitement, inconsciemment et ouvertement de faire, de dire, de dépasser, se trouve dans ces pages. Pour cette psy qui semble avoir fait tomber bien des barrières pour accéder à son individualité, «seuls les êtres exceptionnels témoignent du potentiel humain. Ce sont eux, les vrais représentants de la race humaine. Dès qu'un être dépasse la normalité, il est un surdoué, sinon un génie. D'ailleurs, l'histoire de l'humanité est surtout l'histoire des êtres exceptionnels plus que celle de l'humanité elle-même».
En inhibant notre individualité, nous sombrons dans la névrose, médicamentée ou non. «Le névrosé éprouve de la difficulté à aimer, à ressentir, à penser, à communiquer et à créer. Il n'est pas conscient ou si peu», écrit-elle. Elle oppose le faire et l'être. «En "faisant", nous résistons à la Vie, tandis qu'en "étant", nous n'y résistons pas.» Elle va même plus loin: «En faisant de notre vie quelque chose de futile, il nous sera moins pénible de la perdre. Nous apprenons à mourir bien plus que nous n'apprenons à vivre.»
Suivre son coeur, sa voie, ses émotions, ses intuitions profondes, choisir le moment présent, larguer les habitudes et les souffrances auxquelles nous nous accrochons, voilà autant de messages à méditer. «Nous redoutons ce qui va bien dans notre vie parce qu'au fond, notre véritable sens du réel s'appuie principalement sur nos souffrances», écrit Suzanne Harvey, qui pense tout bonnement que nous sommes plus grands que nos problèmes, vieille sagesse populaire. Nous offrons à ces parasites douloureux une prise continuelle dans notre présent.
Apprendre le détachement est le job d'une vie. Avec nous-mêmes, avec les autres, nos enfants, nos amours, nos échecs, même nos valeurs, qui ne sont bien souvent que des preuves d'amour fournies à notre entourage, à la société. Pour être aimés davantage. Pour ce que nous ne sommes pas, en plus! Un marché de dupes.“